Quand j’ai commencé à peindre, j’ai beaucoup travaillé à l’acrylique. C’est une peinture que j’apprécie toujours et que j’utilise encore ponctuellement, notamment pour préparer certains fonds.

Mais au fil du temps, et surtout à mesure que mon travail a évolué autour de la lumière, de la couleur et des atmosphères, l’huile a progressivement pris une place centrale dans ma peinture.

Ce choix n’est pas lié à l’idée qu’une technique serait meilleure qu’une autre. L’huile et l’acrylique ont chacune leurs qualités. Elles n’offrent simplement pas les mêmes sensations ni les mêmes possibilités.


L’acrylique : spontanéité et rapidité

L’une des grandes qualités de l’acrylique est sa rapidité de séchage. Elle permet de travailler vite, de superposer les couches presque immédiatement et de modifier facilement une composition. C’est une peinture particulièrement intéressante lorsqu’on aime construire une image par aplats ou travailler de manière très spontanée.

Cette rapidité peut néanmoins devenir une contrainte. Une couleur posée commence rapidement à sécher. Il faut donc décider vite si l’on souhaite la mélanger, la fondre ou la déplacer.

Pour certaines étapes de mon travail, cette caractéristique est très utile. Pour d’autres, elle me laisse aujourd’hui moins de liberté que l’huile.

L’huile me donne davantage de temps

C’est probablement ce qui a le plus changé ma manière de peindre. Avec l’huile, je peux revenir dans la matière.

Une couleur peut être posée, déplacée, fondue, retirée partiellement ou mêlée à une autre. Je peux travailler une transition puis décider quelques minutes plus tard de la casser complètement.

Cette lenteur relative me convient particulièrement parce que je ne cherche pas à tout définir dès le départ. Je commence généralement par installer les grandes masses, les valeurs et les directions principales. Les formes se précisent ensuite progressivement.

L’huile me permet de conserver cette liberté plus longtemps.

Lumière sur Jersey, peinture à l’huile sur toile de lin de Florence Yangui
Lumière sur Jersey — huile sur toile de lin, 2026.

Peindre la lumière plutôt que la décrire

La lumière occupe une place essentielle dans mon travail.

Pendant longtemps, elle s’est exprimée principalement à travers mes scènes urbaines : éclairages nocturnes, vitrines, phares, néons ou reflets sur le bitume.

Aujourd’hui, ma peinture évolue. La couleur prend davantage de place et mes sujets s’ouvrent aussi à des scènes plus intimistes et à la présence humaine. Mais la lumière reste le fil conducteur.

Ce que j’aime avec l’huile, c’est la possibilité de faire apparaître une lumière par la couleur elle-même. Un bleu profond peut rendre un jaune beaucoup plus lumineux. Un violet peut faire vibrer un rose. Une petite touche claire peut parfois suffire à modifier toute l’atmosphère d’une toile.

Je cherche de moins en moins à représenter chaque détail et davantage à trouver la bonne relation entre les masses et les couleurs.

Peinture urbaine contemporaine de Florence Yangui, travail de la lumière et de la couleur
La lumière et la couleur restent le fil conducteur de mon travail.

Une peinture qui accepte les accidents

Il y a aussi quelque chose que j’aime particulièrement dans l’huile : elle ne se contrôle jamais complètement.

Un mélange imprévu apparaît sur la palette. Une couleur posée sur une autre produit une nuance que je n’avais pas anticipée. Un coup de pinceau laissé volontairement visible devient parfois plus intéressant que la forme que j’avais prévu de peindre.

J’ai appris avec le temps à ne pas systématiquement corriger ces accidents. Certains apportent justement cette vibration et cette spontanéité que je recherche aujourd’hui.

C’est aussi pour cela que mes peintures sont devenues progressivement moins détaillées. Je préfère suggérer une silhouette ou une architecture avec quelques masses justes plutôt que tout décrire.

Je travaille aussi avec des huiles miscibles à l’eau

J’utilise notamment des huiles miscibles à l’eau, qui permettent de retrouver une grande partie des qualités de la peinture à l’huile tout en facilitant certaines étapes de travail et le nettoyage du matériel.

Selon les tableaux et les effets recherchés, j’utilise également une peinture à l’huile traditionnelle avec un médium. Le médium permet notamment de modifier la fluidité de la peinture, d’accélérer légèrement le séchage et de travailler certaines couches plus facilement.

Au fil des tableaux, j’ai ainsi construit une manière de travailler qui mélange technique, expérience et beaucoup d’intuition.

Et l’acrylique n’a pas disparu de mon atelier

Choisir principalement l’huile ne signifie pas abandonner l’acrylique. Je l’utilise encore, notamment pour certains fonds ou premières couches.

Elle peut être très pratique pour installer rapidement une couleur générale sur la toile avant de poursuivre le travail à l’huile.

J’aime cette idée de ne pas opposer systématiquement les techniques. Un matériau devient intéressant lorsqu’il sert réellement ce que l’on cherche à peindre.


Une évolution liée à ma manière de peindre

Finalement, mon passage progressif vers l’huile accompagne surtout l’évolution de ma peinture.

Je travaille aujourd’hui avec davantage de couleurs, des formes plus synthétiques et des gestes que je cherche à préserver plutôt qu’à effacer sous les détails.

L’huile me permet de construire puis de déconstruire, de superposer, de revenir en arrière et parfois simplement de laisser une trace telle qu’elle est apparue.

C’est cette liberté que je recherche.

Elle me laisse le temps de regarder la peinture devenir autre chose que ce que j’avais prévu.

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